[Critique] Persona 5

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S’il vous plaît, mesdames et messieurs, déroulons le tapis rouge à un monument du J-RPG qui transcende le genre. Une fois de plus, Atlus prouve qu’un RPG peut être au tour par tour, somptueux, profond et charmeur à la fois ! Mettez vos ceintures, c’est l’heure de la critique de Persona 5 !

High-School Chemical !

Persona 5 est un jeu de rôle très particulier et notamment dans sa progression. En effet, vous êtes dans la peau d’un lycéen lambda qui, suite à une bavure judiciaire, se retrouve en conditionnelle et envoyé chez un tuteur en plein Tokyo. Dans ce nouveau cadre, il devra évoluer au sein du lycée, se faire des amis, gagner sa vie avec des petits boulots. Bref, vous aurez un emploi du temps très chargé, et c’est là toute la mécanique du jeu : vos actions par jour sont limitées !

Une fois les cours terminés, vous devrez choisir quoi faire. Sortir avec un camarade pour renforcer vos liens ? Aller vous entraîner ? Etudier ? Participer à un concours de dégustation de burgers ? Les possibilités sont nombreuses, et d’autres encore se débloquent une fois le soir venu. Au terme de ces actions, vous passez au lendemain, et le calendrier avance, encore et toujours. En somme, vous avez une année scolaire pour clôturer le jeu.

C’est donc un rythme imposé qui fait office de progression, et quoique l’on en dise, ce système fonctionne à la perfection. Certes un peu longuet par moments, car le scénario possède quelques phases de vides, mais de manière générale, on tombe très vite sous le charme de la vie tokyoïte.

Car oui, qui dit Tokyo, dit « vie de tous les jours », et là encore, le titre frappe fort. Shibuya, Ikebukuro, Shijuku… Les quartiers et les lieux optionnels sont légion et vous permettent de vous balader plus ou moins librement afin de faire vos courses ou passer du temps avec vos amis. Quand je dis « faire vos courses », ce n’est pas une blague, puisque vous pouvez louer des dvds, acheter des jeux vidéo rétros, aller dans un « Maid Café » et j’en passe.

Selon les différentes actions que vous allez entreprendre, vos statistiques sociales augmenteront. Réparties en cinq catégories (Le Savoir, le Cran, La Compétence, le Charme et la Gentillesse), certaines situations auront un déroulé différent si ces statistiques le permettent. Ainsi, augmenter votre Cran (Guts), vous autorisera à tenir tête à des voyous lors de certains dialogues.

Persona 5 propose une vie de véritable petit lycéen qui vous attend, et qui possède un charme tout simplement hallucinant et accrocheur. Le métro, les quartiers, et nom de dieu : l’OST (j’y reviens un peu plus bas) qui est juste là pour faire tomber des mâchoires.

Tout bascule le jour où, grosso-merdo, les héros vont découvrir qu’il existe un autre monde : le Metaverse. Cet univers parallèle reprend les même lieux, codes et personnages que le monde réel, à ceci près que c’est un monde cognitif créé par le désir des gens. Ce monde permet de percevoir la façon dont une personne en particulier voit le monde autour d’elle.

Ainsi, le prof de sport du lycée s’imagine le roi de l’école. Violent avec les élèves et sexuellement agressif avec les jeunes filles, il pense que rien ne peut l’arrêter et tourmente les étudiants. Naturellement, il voit l’école comme un château dont il est le roi légitime : ces lieux se nomment des Palaces. Nos héros, en entrant dans le Metaverse, devront donc s’y infiltrer, l’affronter, et voler son cœur (métaphoriquement) pour le forcer à avouer ses crimes dans le monde réel.

Chaque « grand méchant » possède donc son propre Palace, gigantesque la plupart du temps, et axé sur un thème précis : comment la personne en question voit le monde autour d’elle.

Dès lors, une question se pose : est-on dans le droit chemin lorsque l’on force un être à changer son cœur ? Comment la justice voit ça ? Peut-on juger des gens avec de tels pouvoirs ?

Phantom Thieves Powa

Vous vous en doutez, Persona 5 n’est pas simplement une simulation de lycéen. C’est aussi une référence en matière de J-RPG et il m’a été rarement donné de voir un système aussi classique, et pourtant aussi poussé à l’extrême. Une pépite !

Chaque touche correspond à une action, et le tout s’enchaîne avec une fluidité et un aspect graphique impressionnant. On enchaîne donc les combats avec facilités, tout en restant méfiant : un ennemi, même faible, peut vous mettre au tapis si vous ne prenez pas garde. En effet, le jeu s’axe autour des faiblesses et des forces des ennemis.

Il faut donc apprendre à vite deviner les faiblesses adverses pour prendre le dessus, car faire mouche vous donne droit à un tour supplémentaire pour votre héros, ce qui est plus que vital. Inversement, les ennemis qui détectent votre point faible vous mettront à terre et auront un tour de plus pour mieux vous abattre. Il ne fait jamais relâcher son attention.

Chaîne Youtube de jun cleofas

Si vous parvenez à les mettre à terre, vous pourrez même recruter les ennemis pour qu’ils combattent à vos côtés (en sachant qu’ils ont leur propre niveau et leurs propres compétences).

Les donjons ont donc évolués depuis les derniers épisodes. Ceux-ci étaient auparavant générés aléatoirement, ce qui donnait un côté répétitif aux explorations. Ici, chaque Palace est unique, avec un level-design propre et des mécaniques de progression diverses. C’est donc plus jouissif de s’y déplacer.

Comme cité plus haut, la progression globale du titre est plutôt « chronométrée », et les donjons n’échappent pas à cette règle. Vous aurez donc une date limite pour réussir votre coup, sous peine de vous voir repartir une semaine en arrière (ce qui peut être contraignant). Toutefois, je vous rassure, il est tout à fait faisable de tout faire d’un seul run sans se soucier du calendrier.

Un Game-Design mythique, une ambiance unique

En rouge et noir, j’exilerai ma peur… (merci, Jeanne). Bref ! Si une chose saute aux yeux dès les premières secondes : c’est bien la direction artistique. Les adjectifs ne manquent pas pour la décrire : sublime, magnifique, pertinente, esthétique… Dans Persona 5, tout est fait pour flatter l’œil et cela se sent. Que cela soit dans les menus, dans le HUD, dans les phases de dialogues ou dans les combats : c’est « stylay » !

Le code couleur dominant (rouge et noir) se marie à la perfection avec le thème du titre, avec les costumes, les environnements et autres. Rajoutez à cela une bande son, souvent chantée, absolument magistrale, et vous avez LE MEILLEUR jeu de rôle japonais de ces dix dernières années. C’est dit !

Pour autant, Persona 5 n’est pas exempt de défauts. À commencer par un de taille : l’introduction. Ouille, accrochez vos ceintures, car le scénario ne décolle véritablement qu’entre cinq et dix heures de jeu. Cet espèce de tutoriel géant est barbant au possible, mais pourtant vital pour poser des bases saines. Une fois ce moment un peu difficile passé, la magie opère vraiment et embarque. J’ai presque eu l’impression que ce tuto à rallonge était un cas de sélection naturelle des gamers : seuls les plus patients profiteront vraiment du jeu !

Persona 5 est un jeu remarquablement touchant, et les heures s’enchaînent au fil du scénario qui devient de plus en plus profond et introspectif !

Autre gros point faible, mais qui vient d’Atlus cette fois, et non du jeu : il est uniquement en Anglais. Alors oui, on est en 2017 « l’Anglais c’est facile, gros ! » gnagnagni, gnagnagna, mais bordel : un jeu qui propose des milliers de lignes de dialogues traitant du domaine cognitif, de violences, de thèmes sexuels, esclavagistes, salarial et politique, je vous assure qu’une traduction VF aurait été plus que bienvenue ! Vous faites chier, Atlus, tout comme les gars de Capcom qui ne sortent plus de traduction FR pour les Phoenix Wright !

Blague à part, ne boudons pas notre plaisir. Nous avons là un jeu de qualité, avec des voix (US et Japonaise) toute aussi bonne, et avec une durée de vie de l’ordre de la centaine d’heures (96h de jeu pour ma part pour finir l’année scolaire). Donc là, nous avons indéniablement un travail bien fait, cohérent, qui aborde des thématiques actuelles, comme les violences au sein du cadre scolaire, l’épuisement du salariat face au patronat, agressions sexuelles banalisées ou encore détournement de mineur.

Et pourtant, ce n’est pas si étonnant de voir des thèmes aussi adultes dans un Persona. La force de cette saga est de faire passer des messages durs avec douceur. Je m’explique : rien de choquant n’est jamais montré directement à l’écran. C’est le joueur qui s’imagine la scène et qui en fait son interprétation. C’est une méthode de narration trop peu vue au sein du jeu vidéo, et c’est à souligner, surtout lorsque c’est bien fait dans le cas de Persona 5.

Que dire ? Si vous êtes à l’aise avec l’Anglais, n’attendez même plus : foncez ! Magique, surprenant, jouissif, addictif… Persona 5 est le J-RPG que j’attendais (et que le monde attendais, je pense) qui propose une expérience si forte, que l’on n’en ressort pas indemne. C’est une véritable aventure, autant extérieure qu’intérieure, qui pose de vraies questions de sociétés. De plus, le casting des personnages est intense et chacun d’eux livre une histoire personnelle touchante. Incroyablement émotionnel, mais tout de même exigeant et difficile, Persona 5 est une pépite qui va continuer de briller pendant très longtemps.

Points Forts

  • La direction artistique sublime
  • La bande son absolument démente
  • Une durée de vie colossale
  • Un contenu dense et généreux
  • Les combats, dynamiques et fluides
  • Le scénario, profond et mature
  • Les à côtés nombreux
  • Un incontournable du J-RPG

Points Faibles

  • Pas de traduction Française
  • Certains pans du jeu au rythme lent
  • Des dialogues trop intrusifs

Culte !

Féru de jeux vidéo, j'aime bien en parler, y jouer, le remettre en question et, surtout, écrire dessus ! J'avais déjà un pad NES dans le ventre de ma mère et je suis né en avance grâce à un cheat code !

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