L’Âge d’Or du RPG : bienvenue dans les années 90

L’Âge d’Or du RPG : bienvenue dans les années 90

Je vous parle d’un temps que les plus de 16 bits ne peuvent pas connaître ! En effet, si vous êtes né dans les années 2000, vous, qui lisez ceci, êtes probablement passé à côté de l’âge d’or du RPG (japonais, qui plus est). Alors oui, bien sûr, il est arrivé qu’un vétéran de 20 ans avec encore toutes ses dents vous parle de cette légende urbaine qui faisait vibrer petits et grands, à une époque où jeux vidéo rimait avec marginalité. Retour sur un temps révolu qui a vu naître les plus grandes licences !

 

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Une histoire de Bit !

Une histoire de bit, oui ! Car nous allons parler ici de la célèbre Super Nintendo et de sa rivale de toujours, la MegaDrive ! Car si, avant elles, la NES et la Master System avaient entrepris d’imposer une expérience vidéoludique « à la maison », la puissance du 8-bits commençait à devenir insuffisante aux débuts des années 90. À ce moment-là, le RPG commençait doucement à s’installer. SquareSoft (devenu en 2003 Square Enix) proposait pour la première fois un Final Fantasy dépotant, aux côtés de son rival de l’époque, Enix (tiens donc !), qui était déjà en place avec son Dragon Quest. Bref, avec le 8-bits, le mouvement était déjà amorcé, mais c’est clairement en passant à la génération suivante de consoles, en 16 bits, que la démocratisation du RPG va littéralement exploser.

Du moins au Japon, car, pauvres occidentaux que nous étions, l’exportation de jeux vidéo, à l’époque, donnait la priorité au Japon (producteurs) et aux Etats-Unis (consommateurs). Et l’Europe, elle, tentait de grapiller quelques titres çà et là. Ne nous plaignons pas trop, nous avons eu de la chance de tomber sur « A Link to the Past », « Illusion of Time » ou encore « Secret of Mana », entre autres. Mais malgré ces très bons titres, nous sommes bel et bien passé à côté de 3/4 des RPG à succès nippons et américains. 

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Chrono Trigger, un jeu qui révolutionnera le genre !

Pourquoi donc diable parler de RPG ? Pourquoi pas de Plateforme ou de Shoot’em up, genres qui étaient largement plébiscités à l’époque ? Une des premières raisons est la redondance des titres. Oh, bien sûr, les connaisseurs se targueront de dire que Gradius, ou encore Xenon ont redonné un nouveau souffle au genre, tout comme Mario à celui de la plateforme. Le fait est que dans les années 70-80, les droits d’auteurs n’existaient pas dans le domaine du jeu vidéo. De fait, sont apparus des titres qui se ressemblaient tous. Chaque jeu était une copie honteuse d’un titre à succès, et c’est ainsi que des dizaines voire des centaines de copies de Space Invaders ont vu le jour, tout comme des copies de Pac-Man, de PitFall, et ainsi de suite. Avec un catalogue qui ne se renouvelait pas, et des coups bas à la chaîne, le secteur a connu une stagnation qui a conduit au grand crack de 1983, période sombre où tout s’effondra, on donnait le jeu vidéo pour mort et où Atari enterrait ses copies invendues d’E.T. dans un désert du Nouveau Mexique.

C’est Nintendo et Mario qui sauvèrent le jeu vidéo en relançant une dynamique et une course aux consoles de salon. Et c’est également là que le RPG est apparu et a connu un premier grand souffle (le RPG textuel existait déjà, ainsi que quelques titres « basiques » comme « Adventures »). Tout ça pour dire que le jeu vidéo avait déjà une histoire très chargée, et c’est la Super NES, ainsi que la MegaDrive, qui donna sa chance au RPG qui avait tout à faire à ce moment-là ! On peut dire qu’il est arrivé à la bonne époque.

 

La déferlante de titres !
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Secret of Mana, le charme à l’ancienne !

Car à chaque phénomène son abus ! Les années 90 ont vu naître certaines des plus grandes licences qui existent encore aujourd’hui. Mais, un phénomène encore plus inexplicable se produit à cette époque. Tous les titres disponibles sur Super NES et sur MegaDrive étaient des… Bordel de fucking de bons jeux ! Plus de la moitié des jeux disponibles étaient des cartons, et la plupart d’entre eux étaient des RPG : Final Fantasy IV, V, VI, Chrono Trigger, les Seiken Densetsu, Illusion of Time (Illusion of Gaïa aux US), Secret of Evermore, Bahamut Lagoon, et j’en oubli bien d’autres !

Les années 90 ont connues un nombre hallucinant de RPG 16-bits. Pourtant, il en aurait fallut plus, car s’ils étaient en effet très bons, l’ère Playstation y mettra un terme en privilégiant un catalogue quantitatif plutôt que qualitatif, mais ceci fera l’objet d’un autre dossier.

Nous avons donc un vent de fraîcheur qui souffle sur la Super NES/MegaDrive, un vent de fraîcheur bienvenue qui propose aux joueurs de s’immerger dans un histoire travaillée, bien plus que d’autres titres. Ici, terminé les écrans figés avec 4 lignes de textes pour expliquer la trame : l’histoire, on la vit, et surtout, on la fait ! Durant cette période, des mecs ont posés leurs bolocs sur la table, désireux de changer la face du jeu vidéo, et ces mêmes personnes ont réussis ce pari qui à l’époque était fou. Je profite donc de ces quelques lignes dans ce dossier pour dire : merci, Mr. Uematsu, Mr. Miyamoto, Mr. Kitase et merci Mr. Iwata !

 

Les RPGs, donc, ont explosés durant les années 90, et, si vous avez bien suivi, plus au Japon et aux US qu’en Europe. Cette absence dans nos contrées explique pourquoi nous avons eu tant de compilations plus tard (des compilations Playstation, des versions GBA, des versions Mobiles, etc.). Mais depuis, le jeu vidéo s’est largement popularisé, et parler d’import/export n’est plus un frein mais une normalité. Quelques titres résistent encore, refusant de sortir des frontières japonaises, mais, souvent, ce n’est qu’une question de temps avant qu’ils ne débarquent chez nous.

 

Le tour par tour, une pratique de feignant ?

Qui dit RPG, surtout sur 16-bits, dit aussi système de combat au tour par tour. La fameuse règle du : « je te tapes, tu me tapes » ! Si Enix, et d’autres, étaient déjà familiarisés avec le concept, c’est SquareSoft qui inventa le système ATB (Active Time Battle) et qui redonna un souffle à un système vieillissant. Ce système met en place une jauge qui en rend l’action possible que lorsque celle-ci est pleine (en terme de stat, elle est influencée par la vitesse du personnage). Ce système, qui fait le bonheur et la nostalgie des anciens, démontre surtout une impuissance technique ainsi que de multiples freins.

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La jauge ATB est apparue avec Final Fantasy V !

En effet, les consoles étant ce qu’elles étaient, difficile à l’époque d’avoir une I.A. performante comme aujourd’hui, capable de prendre divers comportements. Au maximum, un Boss avait 2 voire 3 patterns différents, mais sans plus. Avec un peu d’observation, il devenait donc facile de prévoir les comportements de ces derniers. Le tour par tour était donc tout trouvé : programmer une dizaine de sorts et, aléatoirement, dire à l’ennemi d’en lancer un sur les 10. Efficace et pas cher, c’est le tour par tour que j’préfère !

Bien sûr, tout cela évolua rapidement dès que les consoles permettaient d’aller plus loin, mais à ce moment-là, le tour par tour était plus un frein pour les programmeurs qu’autre choses. Soit on faisait un jeu avec un héros (Zelda) et on pouvait se permettre de l’action pure et dure, soit on mettait en scène plusieurs héros, mais là, le blocage ! Mais c’est sous-estimer le potentiel d’un créateur de jeu, véritable Mc Gyver vidéoludique. Encore une fois merci à eux de ne pas avoir abandonné !

 

L’invention du New Game + !

Un titre, plus particulièrement, restera gravé dans le coeur des joueurs pour sa jouabilité démentielle, son scénario envoûtant, ses musiques enivrantes, et surtout, au fait qu’on lui attribue la paternité du désormais incontournable New Game + (le fait de recommencer une partie avec son ancienne sauvegarde, et en gardant les mêmes armes, le même niveau, etc.) : il s’agit de Chrono Trigger !

Edité par SquareSoft, qui avait la recette magique des bons jeux de l’époque, Chrono Trigger marquera un véritable tournant dans l’Histoire de l’ère 16-bits. Malheureusement, il n’atteignit jamais nos côtes européennes. Pourtant, une rumeur venant du pays du soleil levant commençait doucement à s’étendre : « Chrono Trigger a révolutionné le RPG » ! Ni une, ni deux, les afficionados de l’époque se sont empressés de commander en import la version Américaine (avec l’adaptateur permettant aux consoles françaises de lire les jeux US) afin de poser les doigts sur ce soi-disant bijoux dont tout le monde parle. Plus de doute : il n’y a bel et bien pas d’erreur sur la marchandise ! Un système de combat dynamique, mélange d’Action-RPG et de tour par tour, des musiques (oh god les musiques) absolument géniales et inventives et un chara-design signé Akira Toriyama, papa de Dragon Ball, qui était en plein succès à ce moment là… Il n’en fallait pas moins pour séduire ceux qui osaient allumer leur consoles avec cette cartouche dedans.

 

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La scène du feu de camp, avec la fine équipe !

L’histoire nous parle de Crono, un héros de RPG tout à fait stéréotypé, qui, de fil en aiguille, va se retrouver à voyager dans le temps. Ce n’est que lorsque lui et ses amis arrivent à la fin du Monde (dans le futur) qu’ils comprennent que celui-ci va être détruit par Lavos, qui est venu s’écraser sur Terre il y a des millions d’années (à la préhistoire). Depuis, Lavos sommeille et prend des forces jusqu’à être prêt, en l’an 2000 ! Les héros connaissent donc la cause, le moment où ça va se passer et la finalité. Et là : le joueur est libre. Si vous vous sentez assez fort, vous pouvez aller lui casser la gueule directement, vous pouvez jouer avec les voyages temporels afin de l’affaiblir au cours de sa croissance millénaire, et vous aurez plusieurs choix principaux dans le scénario qui vous conduiront à l’une des 11 fins différentes du jeu ! Un comble pour l’époque, ce jeu révolutionnait tout ce que l’on avait pu voir jusque là, allant, comme cité plus, jusqu’à donner une rejouabilité au jeu avec ce fameux « New Game + » inconnu alors à l’époque et qui permettait aux joueurs aguerris de voir toutes les fins du jeu !

Son succès est dû au fait d’avoir repensé ce qui se faisait habituellement à l’époque. En s’appropriant les codes des jeux existants (des boss, de la montée de niveaux, des coffres, etc.) et en remodelant ce système (les voyages dans le temps se font dans n’importe quel ordre), SquareSoft à fait du Monde de Chrono Trigger un Monde unique, auquel le joueur est habitué, mais que l’on visite à chaque époque différente d’une autre manière : « Ah, tiens, y’a 100.000 ans, y’avait un lac avec une cité ici » !

Chrono Trigger redonnera un dernier souffle à une Super NES en fin de vie, et lui offrira un joli jeu d’adieu, avant de passer sur l’ère Sony !

 

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À l’heure où Nintendo annonce une nouvelle New 3DS version Super Nintendo, j’espère que, vous, qui êtes né après les années 2000, comprenez après avoir lu ce dossier pourquoi il y a un engouement particulier autour de cette console qui garde encore aujourd’hui une aura presque mystique. Retenez bien que la Super NES (ainsi que le 16-bits en général) et le RPG, ont une histoire, bien à eux, qui ont à leur échelle changé la face du jeu vidéo. Qui plus est, les 2 ont une histoire avec nous, joueurs, qui avons vibrer devant des scènes devenues cultes…

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Et surtout, merci à vous d’avoir lu ce billet !

 

Féru de jeux vidéo, j'aime bien en parler, y jouer, le remettre en question et, surtout, écrire dessus ! J'avais déjà un pad NES dans le ventre de ma mère et je suis né en avance grâce à un cheat code !

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